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Cette
page est uniquement composée de textes, de pensées, rédigés par Bertrand
Boulin, un internaute qui un jour passa par le site "Critique
World" et y trouva l'envie de s'y exprimer régulièrement, sur des thèmes
divers. Les textes sont à la fois beaux, surprenant, et intelligents. En tous
les cas, à découvrir d'urgence.
18/09/01 LA
CRÊTE DU COQ
Le
peuple le plus bête du monde est sans conteste le peuple américain. Sur ce
plan là il ne peut rivaliser avec personne. En se choisissant GW Bush pour le
représenter il a fait preuve d'une implacable logique. Bête, vantard,
vaniteux, esbroufeur, méprisant ce peuple est aussi courageux. Il ressemble
curieusement à un coq. En lui rasant sa crête, ces magnifiques et si laides
twins du world trade center, fierté de l'animal, et expression de la plus
stupéfiante niaiserie humaine, les quelques esprits lucides et intelligents
ont mis le monde à feu et à sang, en soulignant que les américains n'étaient
ni innocents ni invulnérables. A l'instant où chacun de nous songe à ces
pauvres gens prisonniers des avions suicides, ou ensevelis sous les tours de
la vanité des hommes, ces gens qui avaient des histoires d'amour, des
maîtresses, des femmes, des enfants, ces gens enfin qui croyaient vivre en
paix à New-York, ville proche du risque zéro en matière de criminalité,
symbole de la puissance financière mondiale, et orgueilleusement installée en
face de l'Europe, protégée par une affreuse statue qui incarne le mauvais
goût d'abord et la liberté ensuite, il faut nous souvenir calmement mais
résolument de l'histoire. Les habitants des Etats Unis qu'on nomme
présomptueusement américains ont aidé de 1928 à 1944 le furher, Adolf Hitler
par tous les moyens pour qu'il désorganise l'Europe. Puis ils ont armé,
nourri, enrichi les talibans contre les russes. Surtout en méprisant le
monde, en s'affirmant les symboles de la liberté et du bien, en jetant leur
morgue aux pays du sud, en refusant d'arrêter les mines anti-personnelles
dont on se sert dans les seuls pays pauvres, en s'arc boutant sur des
résolutions de riches dans les concerts internationaux, en se gonflant la
poitrine pour nous affirmer qu'ils vivent dans la lumière laissant les
obscurantistes à leurs mosquées, ils ont par bêtise, vanité, impertinence,
prétention et infatuation créé contre eux une violence sourde mais lucide. Ce
peuple est cependant de tous les peuples du monde le plus religieusement
bête, et les USA est l'endroit de la planète où l'on peut trouver le plus
grand nombre de soldats prêts à tuer sur simple ordre et sans doute le plus
grand nombre de citoyens capables de tirer sur n'importe qui en étant certain
de son bon droit. Ceux
qui ont organisé cette équipée sur New-York se sont servis de pauvres âmes
errantes qui cherchent un salut mais ils sont certainement très intelligents
et très organisés et je doute qu'ils vivent dans un coin de l'Asie centrale.
Je les crois au contraire aux USA. Et s'ils ont dans un premier temps arraché
la crête au coq c'est pour que l'animal soit moins fier, se rende compte de
ses errements, de son infernal caquetage. Si celui-ci au lieu d'adopter un
profil bas, de se mettre davantage au service du monde, des pauvres et du
sud, il se fera arracher son panache, puis déplumer, et à la fin on lui
tordra le cou. Quant à
l'histoire des arabes et du monde islamique, le monde occidental n'a eu de
cesse de les martyriser, de les anéantir et continue de les mépriser. On les
traite comme des moins que rien après les avoir massacré au nom d'une foi qui
s'appelait catholique. Et ces croisades au nom du bien en ont massacré des
millions. Dans nos pays aujourd'hui on les traite depuis des années comme des
parias. Je trouve admirable qu'ils ne se révoltent pas davantage et qu'ils
n'enflamment pas définitivement les banlieues dans lesquelles nous les avons
confinés. Mais
ceux qui ont rasé la crête du coq, qui l'ont organisé ne sont certainement
pas les défenseurs du seul islam. Ils ont fait entendre la voix des peuples
offensés, des petits contre les grands, des doux contre les barbares. Le plus
barbare c'est de construire ces tours et non de les détruire. Devant
ce coq sans crête, mouillé, et ensanglanté, devant les poules mortes nos
cœurs se serrent. Mais les cinq mille morts de New-York n'étaient pas des
innocents, ils étaient le symbole d'une richesse méprisante, d'une façon
conquérante de faire tourner le monde. Et ils se croyaient invulnérables. Ils
n'étaient ni innocents ni invulnérables. Ils ne le savaient pas. On a eu beau
crier, écrire, hurler, prévenir. Il a fallu arracher la crête. Vont-ils
comprendre? Ce n'est pas si sûr. Mais il faut les y aider de toute notre âme. Je
songe ce soir aux serbes de Bosnie, aux milliers de morts argentins et à
leurs familles, et quand même aux victimes d'Hiroshima et de Nagasaki. Le coq
a beaucoup tué. Le voici décrêté. S'il montre ses ergots, se gonfle la tête
et continue à vouloir faire régner sa seule loi il finira en potée. Et son
cocorico n'y changera rien. Entre nous ce cri est d'une laideur à faire
crier. Pour
finir j'ai une pensée pour toutes les victimes de Manhattan, pour toutes les
familles dans la peine et l'affliction, mais aussi pour toutes les familles
qui ont reçu les bombes de ces gens là, et pour tous les condamnés à mort qui
au petit jour de ce matin de septembre se demandent où est la liberté. Et si
l'Europe se met à croire que ce pays symbolise le bien contre le mal, la
civilisation contre la barbarie, le jour contre la nuit, alors elle risque à
son tour retomber dans ses errements des années quarante. A nous
intellectuels, songeurs, de rappeler que la nature a besoin des forts et des
faibles, et que quand elle privilégie l'un contre l'autre elle retourne à la
jungle. Entre les mollahs et les marin's...je fuis...
31/08/01 ALTERNATIVE
A LA PRISON
Pour
mon neveu et filleul Alexandre Burgeat qui entre les mains dans les poches
dans la société des goulags au moment où son vieil oncle les bras levés lui
offre la liberté... Les
Etats Unis ont 1% de leur population en prison, ce qui équivaudrait en France
à 600.000 prisonniers, alors que nous en sommes à 60.000, parce que les
yankees punissent les êtres humains pour trois raisons, une raison de dangerosité,
une raison religieuse qui est de punir ceux qui font le mal, et enfin pour la
valeur de l'exemple. Depuis la révolution la France petit à petit, et
l'Europe en général ne punissent plus pour des raisons morales mais
uniquement pour la dangerosité des prévenus. De plus l'absurde idée de croire
qu'une peine peut servir d'exemple aux autres commençait lentement à sortir
des esprits mais l'idée yankee a réenvahi les médias, les tribunaux par un
magnifique travail des psys qui ont profité de la niaiserie des
intellectuels, et de leur couardise pour faire avancer ces idées atroces et
les rendre réèlles. Nous sommes passés en quelques années de la liberté de
penser à l'obligation de penser. Nos prisons françaises sont pleines de gens
qui n'ont rien à y faire. Si on légalisait demain les drogues douces, que
nous remettions l'age légal de consentement amoureux à douze ans comme en
Espagne, et que nous changions l'interdiction de prostitution pour les
adultes majeurs c'est un tiers des prisonniers qui seraient libérés. De plus
si le code pénal se réformait sur la simple idée de dangerosité sans vouloir
à tout prix punir pour un acte, ce serait la moitié environ des prisonniers
qui retrouverait l'air pur et léger du dehors. Si enfin on cessait de mettre
les gens en préventive qui attendent des jugements, qui même s'ils sont
absolument innocents des délits ou crimes qui leur sont reprochés seront
défavorables car les juges de cour détestent sauf par vengeance personnelle
remettre en question l'incarcération décidée par les juges d'instruction ce
serait encore 10% compte tenu de ce qui a été écrit avant des prisonniers qui
seraient libérés. Mais enfin si l'on admet que 60% environ de la population
pénale pourrait sortir demain avec une société légèrement plus intelligente
il reste les mauvais sujets qui volent, tuent, agrèssent, violent, et c'est à
peu prés tout. Que faire de ces gens? En ce qui concerne les crimes
monstrueux, 1% des prisonniers, il est urgent de rétablir par un nouveau code
pénal le refus de ce qui échappe à la compréhension humaine même si celle-ci
par son goût immodéré des films ou des histoires criminelles continue
d'essayer de percevoir les raisons qui peuvent pousser un grand criminel à
ses crimes. Ces gens là, trés dangereux, sont de fait irresponsables de leurs
actes. En matière de psychiatrie criminelle aucune loi nouvelle n'a été votée
depuis cinquante ans. Et il faut revoir le code. En confiant à des mèdecins,
des philosophes, des penseurs qui accepteront cette tâche de s'occuper dans
des hopitaux semblables à ceux de Cadillac et d'Avignon de ces grands
malades. Mais en revanche il ne faut surtout pas leur confier les lois
désignant les crimes qui par leurs simples définition feront de ceux qui les
commettent des malades. Un homme ou une femme qui tuent une petite fille de
cinq ans sont des fous. Par définition. Aux mèdecins de les guérir si
possible. La justice n'a rien à faire de ces gens là. Et ne peut donc les
juger. Francis Heaulmes fait peine à voir avec ses yeux égarés dans un
procés. Il est fou, cela va de soi. Donc qualification de certains crimes
comme constituant la folie. Pour mes lecteurs qui ne savent rien du droit
cette réforme est une révolution. Elle consiste à affirmer: la société en
l'état actuel des choses ne comprend pas certains crimes et donc refuse de
les juger. On enferme ces gens dans des centres de soin, et on les soigne, à
les confiant à des gens formés pour cela et avec obligation de résultat. Pour
les autres, tous les autres, il faut réaffirmer que la prison est une horreur,
un endroit parfaitement et volontairement criminogène, avec des cadres
incultes, minables et incapables en dehors du règlement de s'occuper des
délinquants. L'administration pénitentiaire est un ramassis de ratés,
d'imbéciles et de violents. Et on le sait d'emblée en comprenant que gardien
de prison est le dernier des métier du monde et qu'il vaut mieux aller faire
la pute que ce métier là. Ceux qui le font y sont donc obligés par les
contraites économiques, à moins, et c'est le pire qu'ils ne croient que leurs
prisonniers sont des salauds qu'il est bon et juste d'enfermer. Il y en a. Et
en se débarrassant de cette administration là la France s'honorerait. J'ai
proposé à plusieurs reprises dans mon existence la création de lieux fermés
pour les hommes et les femmes dont le tribunal aura qualifié la dangerosité,
car la seule question à poser à des jurés pour les assises, et à des juges
pour la correctionnelle c'est "cette personne est-elle dangereuse pour
la société?", si la réponse est oui on peut qualifier le délit ou le
crime et proposer une peine de mise à l'écart pour vingt cinq ans maximum.
Ces lieux fermés de rééducation doivent être tenus en main par des éducateurs
qui auront deux missions, veiller à l'élimination de la dangerosité, et à la
capacité de violence en particulier par la mèdecine chimique. Lieux fermés,
certes, mais ouverts sur la campagne et le ciel car il est impensable
d'enfermer ne serait-ce qu'un mois quelqu'un sans qu'il ne voit jamais
l'herbe ou le ciel bleu. Des architectes ont réfléchi à des lieux de ce genre
et des propositions si la loi changeait pourraient être faites. Ces lieux
sans être le club med pourraient aider à changer les comportements, c'est à
dire en clair à permettre de trouver un travail pour ceux qui ont dépouillé
des victimes et de réparer les dégats commis. Quand quelqu'un vous vole votre
voiture on veut être assuré à la fois qu'il ne recommencera pas, et que vos
frais vous seront remboursés. En permettant à un délinquant d'assurer ces
deux conditions on remet la société sur de bonnes bases. Il est évident que
la dangerosité se montre à la récidive et qu'en général le récidiviste n'est
pas seul en cause. Aujourd'hui en libérant des personnes aprés cinq ans sous
les verrous, sans un centime, sans perpective de travail, et avec les
nouvelles relations qu'elles se sont faites, ne pas retomber tient du
miracle. On peut fermer ces lieux ignobles que sont les prisons demain, et
leur préférer d'autres lieux plus conformes à notre millénaire. C'est une
décision humaine et politique. Mais c'est aussi l'expression d'une volonté,
et le commencement d'un désir de vouloir changer le monde. Toute la question
est là. On assassine, on viole en prison, on y forme les grands criminels, on
s'y suicide. Mais c'est la racaille, avec quelques absolus innocents en
prime, et tout le monde s'en fout. Car ne nous y trompons surtout pas les
services sociaux sont faits pour que les délinquants restent des délinquants,
et la que la racaille (que j'aime) reste la racaille. Toute personne qui réussit
à sortir un jeune ou un plus agé de sa misère est considéré par ces services
comme un empêcheur de tourner en rond. Le but de la prison est de punir et
non d'enlever la dangerosité des êtres. Elle est en fait d'assassiner, de
briser, de casser les mauvais sujets, et non de les prendre en charge, de les
aimer, et de les rendre non violents. C'est le fond de la question. Ca
s'appelle une révolution.
31/08/01 SAUVEUR
D'AMES
La mère
d'un enfant atteint de myopathie, qui se traine sur un fauteuil roulant
disait à la cantonade que le bon dieu lui avait fait cadeau de cet enfant,
des souffrances qu'il endure pour sauver son âme. Et elle disait cela avec
assez de force pour le gamin plutôt tristounet l'entende. Il était réduit au
rôle de sauveur d'âmes, et celle de sa mère en particulier, ce qui n'avait
pas l'air de l'enthousiasmer à l'extrême. Et en les regardant tous deux, la
future sauvée et le malheureux j'avais là devant moi l'image si pénible de
ceux qui croient que la souffrance, le malheur, les atrocités rachètent je ne
sais quoi de l'homme. Mais en ayant cette pensée à l'esprit, en la voyant
s'incarner dans le corps d'une femme qui trouve là sûrement les moyens de
surmonter son chagrin, on peut mieux comprendre les juifs et les palestiniens
de Jérusalem, capables de toutes les atrocités pour sauver leurs âmes. Le
petit palestinien assassiné c'est pour le tueur, son âme qui est sauvée, et
l'enfant n'est qu'un sauveur d'âmes. Le même petit palestinien qui partira
plus tard sans crainte sous les balles ennemies pour sauver son âme à son
tour. On a peine à croire qu'à l'aube de ce troisième millénaire les gens au
lieu de consacrer leur temps à l'embellir, à la rendre lumineuse, généreuse
et chaude se rendent esclave du salut de leur âme. Déjà tout enfant je me
heurtais avec ma grand mère Boulin qui voulait que je demande pardon de mes
péchés, et comme je refusais sans vanité, et la blessant, elle me menaçait
sur le salut de mon âme, et je lui disais alors d'une voix forte que je m'en
fichais bien du salut de mon âme. Moi, qui à huit ans me serait fait tuer sur
le champ pour épargner un chagrin à un miteux, comment aurais-je pu me
préoccuper du salut de mon âme? Je n'ai sur ce point pas changé d'un iota.
Mais le monde vit ainsi avec ces ribambelles de faux jetons qui font croire
aux autres que par la souffrance, l'accablement, le malheur et la repentance
ils auront droit à la tranquillité dans une vie éternelle. Qu'il y ait des
couillons ajouter foi à ces balivernes me gène mais aprés tout, c'est leur
affaire, mais que par ce biais on impose aux autres la souffrance pour les
mêmes prétextes me rend malheureux. Et ils sont là tous ces cathos, ces
juifs, ces protestants, et tous les autres, à rendre à leurs enfants, à leurs
femmes, ou à leurs maris des vies infernales pour le salut des âmes, et ils
sont là les mômes tremblants, à genoux, suffocants, enfermés à être des
sauveurs d'âmes. Et elles sont là ces filles aux seins beaux, aux cuisses splendides,
si faites pour l'amour et qui n'en sauront jamais rien. Et ils sont là ces
hommes fiévreux, orageux, pressés et qui se flagellent devant les
confessionaux. Et puis il y a ceux qui à bout de force, tuent, massacrent,
dépècent. Comme Bouvier le tueur d'enfants qui n'avait aucun remords puisque
ces corps massacrés étaient des âmes rendues au ciel, et que lui, en les
tuant, sauvait la sienne. Pour revenir à mon petit malade en chaise roulante,
je me demande ce qu'il doit penser ce soir. Tant souffrir pour sauver l'âme
de sa mère! Pauvre gosse! Pauvres nous! Et regardez les passer ces sauveurs
d'âmes dans les rues, l'oeil abattu, les yeux fauves, les mains décharnées,
petites misères de l'humanité. Alors certes, tout est vain. Mais quand même!
Et pour éviter à ces malheureux de se rendre la vie grise, triste, basse,
inutile il suffit pourtant de leur dire que tout ça c'est des menteries, que
l'être humain est fait pour vivre, penser, et donner le bonheur, pour
s'éclater, accompagner l'explosion de la nature, et que nous ne sommes jamais
si bêtes qu'en nous laissant aller à nos propres instincts salvateurs. On ne
dit jamais qu'Hitler était parfaitement croyant, et qu'il avait vu dans son
dessein un appel du surnaturel. A une question d'Eva Braun sur les juifs il
avait répondu qu'ils seraient sauvés. Il avançait un peu la date. Pour que
les sauveurs d'âmes, ces victimes de la foi des autres, disparaissent en tant
que tels, il faut d'abord faire la guerre psychique et morale à ceux qui
croient qu'on peut sauver son âme. C'est des menteries! Et tout est dit!
31/08/01 LE
TRIBUNAL ET LE NEGRE
Ah le tribunal international de La Haye, cette victoire de toutes les démocraties, de la lumière sur l'ombre, de l'intelligence sur la bêtise! Cette souveraine lumière dans les nuits des barbares! Ces juges indépendants! Quelle merveille! Et pour la première fois cette suprématie de l'intelligence a enfin condamné un barbare, un lâche, un assassin, à la prison à vie. Quel pas pour l'intelligence humaine! Quelle avancée, et il faut s'incliner devant les pays occidentaux qui à La Haye ont condamné ce chef d'état infame! Les peuples occidentaux ont enfin désigné comme les gendarmes montraient du doigt les condamnés à la foule hurlante et déchainée l'infame lâche qui a profité de son pouvoir pour s'enrichir, qui a fait exécuter, qui laisse des gens innocents croupir en prison, qui a constitué des tribunaux d'exception et des lois iniques, qui a organisé un massacre d'une ethnie particulière de son pays sous l'oeil égrillard des grandes nations et qui est condamné par elles à la prison à vie. Qui est ce monstre désigné à la vindicte? Mais Jean Kambanda, ancien premier ministre du Rwanda. Un nègre! Le premier condamné à la prison à vie pour génocide par la chambre d'appel du tribunal international de La Haye est un nègre. Il s'ensuivra un rom, c'est à dire un yougoslave, et un homosexuel. Et cette chambre atroce du racisme et de la bêtise aura commencé son travail d'élimination des peuples pas blancs, pas propres, pas américains, et j'ose à peine écrire pas aryens! Quand je répète que nous sommes en train de vivre une montée du fascisme j'ai l'air d'exagérer, quand je dis que Lionel Jospin ressemble au maréchal Pétain, et que les valeurs sont les mêmes, les gens haussent les épaules. Ils ont tort. Et j'ai raison. Mais si nous arrêtons à temps personne ne saura si j'avais tort ou raison, et je m'en fiche, car l'important c'est d'arrêter. Les valeurs morales de la France d'aujourd'hui sont celles de 1940 et elles produiront les mêmes excés et les mêmes atrocités. Et le pire de tout c'est que ceux qui ne voient pas, ne s'étonnent même pas, ne se révoltent pas diront un jour qu'ils ne savaient pas. En France nos prisons sont pleines d'innocents et de faux coupables, nos flics sont souvent des tortionnaires et notre justice est une justice de classe. La misère n'a jamais été aussi prégnante. Mais j'exagère... Veilleur infatigable je fais de grands gestes car l'ennemi est entré dans le silence ouaté de la ville qui vaque à ses affaires. Dans une chronique publiée ici il y a deux ans je disais: "Le premier condamné du tribunal pénal international sera un gitan ou un nègre. C'est écrit". Mais j'exagérais. La culture de l'impunité dans laquelle nous sommes entrés et dont ce tribunal est la preuve c'est simplement la culture de l'aprés coup. Aprés la mort du président rwandais dans un accident d'avion, et la nomination par l'armée de Kambanda qu'ont fait les ambassades de France, d'Angleterre et des USA, mais elles lui ont baisé les pieds! Quand Pinochet prend le pouvoir aprés avoir assassiné Allendé qu'ont fait la France et les autres états, sans parler des USA, complices de ce coup d'état? Mais ils lui ont baisé les pieds. La culture de l'impunité c'est créer des repentances pour le futur et se frotter les mains de l'inaction du présent. C'est quand les hommes sont forts et au pouvoir qu'il est bon de les attaquer, c'est quand ils s'apprêtent à massacrer qu'il faut les en empêcher et pas quand ils ont massacré dans l'indifférence générale, voire avec la complicité de tout le monde. Et enfin sur le plan philosophique aprés des millénaires d'ombre et brouillard nous avions acquis la conviction que nous ne pouvions juger les hommes sur ce qu'ils avaient fait, mais seulement les empêcher de nuire encore. La culture de l'impunité se batit contre la culture des libertés. La haine devient souveraine, le pardon ridiculisé, foulé aux pieds, mais le pardon présuppose une résistance à la force démoniaque, alors que la haine l'encourage. N'importe quel enfant de trois ans sait cela. Les Jésuites de Fourvières sont morts, et enterrés. Le tribunal international dans sa première décision contre un nègre vient de les enterrer une deuxième fois. Et pendant ce temps là des chefs d'état se préparent à de nouveaux massacres avec l'aide des pays qui payent le tribunal international. Pire ils les organisent. Je n'ai jamais serré la main d'Antoine Pinay parce qu'il avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, mais je me serais opposé à sa condamnation, mais je rigolais en voyant nos journalistes de gauche le flatter, le caresser et lui donner des "monsieur le Président" jusqu'à la glotte. Le fascisme c'est tout cela. On y vient. Mais j'exagère!
07/04/01 C'EST
NON !
J'ai vu
la beauté des choses, et des villes magnifiques, des enfants émerveillés, et
la mer se jeter dans l'océan par un matin d'été. J'ai vu mes propres filles
naître, crier, pleurer, rire et s'endormir contre moi. J'ai entendu Wolgang
Amadeus Mozart, et la pluie tomber enfin sur le sud de l'Inde avec la foule
en haillons déchaînée, les mains ouvertes, et l'automne saisir les belles
forêts de Hongrie. J'ai aperçu dans la baie d'Along un sambouk plein de
jeunes garçons fous de joie après un long voyage, et j'ai touché les morts de
la guerre, dont un qui, sous mes doigts s'est redressé, et j'ai aimé
follement, avec une langueur éperdue. J'ai caressé des visages admirables,
j'ai baisé des yeux clairs qui reflétaient l'émotion intense, et j'ai connu
l'exaltation. En amitié j'ai eu des frères et des sœurs, intelligents,
généreux, brillantissimes qui sont restés prés de moi tout au long de ma vie.
J'ai eu toutes les libertés, et au fond tout ce qu'un homme d'un peu de bon
sens peut désirer dans sa vie. J'ai maintenant Arthur et des souvenirs, puis
des passions, des joies, des halètements. J'ai cru comprendre à peu prés
l'univers et ses métamorphoses. J'ai ri beaucoup, et j'ai été très heureux.
Par chance je n'ai été ni vraiment malade, ni vraiment malheureux, ou comme
tout le monde, accablé parfois par des choses sans importance. Je me suis
baigné dans toutes les mers du monde, et j'ai vu le génie incarné. J'ai vu
New-York se dresser dans la brume moite, et j'ai perçu les bruits de la
ville, avec les langueurs océanes qui balayaient mon regard époustouflé, et j'ai
vu encore les rues de Samarcande avec la main de mon Doudou, ses soupirs et
ses exhalaisons de rose, j'ai vu Jérusalem un matin de grand pardon, et j'ai
vu le soleil plonger dans l'océan un soir parfait à Ceylan. Je me suis
endormi sous les pins de ma Gironde et éveillé avec le visage sur moi de qui
j'aimais le plus au monde. Si je mourrais demain je ne pourrais que sonner
les cloches pour dire que ma vie a été belle, parfaite comme je n'osais la
rêver. Je me suis embrasé et j'ai flambé. On m'a aimé et j'ai aimé. Je savais
enfant par intuition que je ne serais ni riche ni célèbre et je n'en ai
jamais rêvé. Franchement j'ai eu tout. Absolument tout. Je ne craindrais pas
demain de voir mes maîtres, Socrate, Alexandre ou Hadrien et bon an mal an
j'ai mené la vie que je voulais. Il a fallut, pardi!, me dresser contre tous
les interdits, franchir les barrières sociales, mais ce ne fût pas très
difficile. Ma vie ressemble à mon rêve d'enfance. Et cependant, en toute
franchise si l'on m'avait demandé mon avis: veux-tu vivre dans ce monde là,
sans misère, sans guerre immédiate, sans voir mourir tes enfants, eh bien
c'eut été non. Non absolument. Non définitivement. J'ai honte d'appartenir à
ce troupeau des hommes qui ont enfermé les noirs dans des cales et qui en ont
fait des esclaves, honte de me savoir le frère des nazis qui organisaient les
trains et les camps, honte des larmes amères, de la bêtise et de la haine.
Honte de m'être perdu sans en souffrir plus que ça sur une terre de larmes,
de sang, de mort et de vengeance. Honte de continuer par mes impôts à
entretenir des agents de l'état qui tapent et tuent parfois des plus faibles,
des différents, des autres, honte des prisons, des hôpitaux psychiatriques et
de tous les lieux d'enfermement. Je n'échange pas mes mille bonheurs vécus
contre une seule larme d'un enfant. Je ne peux la justifier par rien. Et si
je suis né souriant, et méfiant, je vais mourir souriant et méfiant. Et je
partirai furieux d'avoir ne fut ce qu'un instant été incarné dans cette peau
d'humain que je méprise et que je vomis. Mépriser, oh oui, vomir, encore mais
que j'adore parce que ce sont les miens, mes frères, mes sœurs, mes enfants,
mes petits, même Adolf, oui même Adolf qui incarne à lui seul le pire, et que
je leur pardonne tout d'avance. Je pardonne aux bourreaux, aux salauds et aux
monstres. Parce que je les crois bêtes, niais et au fond innocents de leurs
crimes. Je ne crois pas en la responsabilité. C'est la création toute entière
que je n'accepte pas. Et cette création là, c'est non! Avec mes camarades
religieux je devise parfois, et je ne comprends pas que jamais aucune
religion n'ait donné l'idée si simple d'une création diabolique au départ, et
de l'invention divine des êtres vivants pour la sauver. Alors ceci pourrait
expliquer cela. Expliquer de cette façon peut-être. Mais comme personne avant
moi, ni prés de moi ne s'y est essayé, j'en reste à l'absurdité. Et pour
l'instant c'est non!
07/04/01 ELOGE
DU PARDON Des
grandes œuvres de notre gouvernement socialiste en France restera le fait
unique dans l'histoire qu'il y a dans nos prisons quine mille personnes
supplémentaires par rapport à il y a trois ans, là où l'Espagne en a fait
sortir dix mille. Et les plus nombreux sont pour consommation de drogue, et
les vagues histoires de mœurs sans compter les mineurs qui à la pelle
remplissent un peu plus ces haut lieux de la démocratie. Tout ceci avec le
sourire jaune d'un premier ministre, champion des libertés. Mais au delà de
toute polémique pourquoi un tel renforcement de l'arsenal répressif alors que
tout le monde est persuadé que la police arrête et que les juges relâchent,
que notre justice n'est plus aux mains des pouvoirs mais de l'opinion? En
parlant avec les enfants on reste interdit devant cette idée, répétée
aujourd'hui par une certaine Lebranchu, garde des sceaux de son état, puis
relayée par Canal+ dans son journal toujours si populiste de 19H30 (canal, la
chaîne des beaufs qui ne se croient pas beaufs), qu'il faut absolument punir
les "coupables" pour le bien des victimes. Or tout ce que je sais,
tout ce que crois, tout ce que j'espère sont inverses à cette pensée. Si je
reste ébahi devant l'idée si répandue et si bête du repentir je crois, et je
ne crois qu'en cela de la capacité pour les victimes de pardonner à leurs bourreaux,
du fond du cœur, les mains tendues et le visage mouillé de bonnes larmes
salées. Car ceux qui pardonnent ne haïssent plus, ne font plus le mal, et
l'indulgence porte les âmes à s'embellir. Les histoires qui se finissent en
voyant les protagonistes qui se jettent dans les bras les uns des autres sont
des histoires qui enseignent, qui rendent beaux et bons. A l'inverse notre
société veut se venger, désigner des coupables, dénoncer, accuser, pointer le
doigt. La Lebranchu, ivre de revanche était terrifiante à voir, comme Sharon
en Israël ou le pauvre Bush aux USA. On veut venger au nom des victimes. Et
on éduque les enfants avec cela. L'absolution d'une vraie victime pour son
bourreau est un moment de grâce dans l'histoire du monde. Qu'y a-t-il de mieux
que de décharger les autres du mal qu'ils vous ont fait? Que d'exempter,
d'adoucir, de réhabiliter? Je préfère les débonnaires aux procureurs, les
doux aux sévères, ceux qui ferment les yeux en ayant vu à ceux qui les
ouvrent pour faire croire qu'ils ont vu. Nos lois en France grâce aux
socialistes se sont enrichis de l'impossibilité de pardonner car on devient
complice et bien des parents victimes, ou des femmes agressées qui veulent
retirer leurs plaintes ne peuvent plus le faire. On en vient même pour un
homme déjà condamné à vie pour le meurtre d'un enfant à trouver quantité de
gens dont la garde des sceaux à vouloir qu'il soit rejugé pour des
"viols", c'est à dire des attouchements sur des mineurs, et alors
que ces mineurs d'eux mêmes ne veulent plus qu'on évoque ces histoires
passées. La furie, la haine, la vengeance, et presque la folie se sont
emparés des médias, des avocats et des juges. Effarant! Quant à moi je me
réconcilie toujours avec mes ennemis, et ne les combats que forts et
puissants. J'enseigne le pardon, l'aman, le recours. Les vrais bourreaux sont
des gens qui refusent le pardon, et ce sont toujours ceux-là qui réclament
des têtes. Les voleurs condamnent facilement les autres voleurs. Parce qu'en
dehors de la beauté du baiser du paix, le pardon, quand il est dans nos cœurs
nous empêche de commettre de mauvaises actions, c'est à dire des choses qui
font de la peine, blessent ou dépossèdent les autres. Fonder une société sur
le pardon c'est forcément déclarer l'amour souverain, accepter l'autre même
dans ses pires débordements, comprendre que sans partage, sans la maison
ouverte, sans la main tendue aux autres il n'y a plus d'humanité. Je crois de
toutes les forces de mon âme que les enfants d'Auschwitz, gazés, maltraités,
battus, auraient pardonné à leurs bourreaux pour que tout ceci ne recommence
jamais. Mais ce qui est un enjeu politique aujourd'hui c'est de comprendre
que si une société laïque, libertaire, égalitaire et fraternelle fait de la
haine et de la vengeance ses lois suprêmes, elle appellera à sa suite des
sociétés religieuses comme un peu partout dans le monde qui enverront à un
dieu ce qu'ils sont incapables de gérer eux mêmes. Gérons nous! Accueillons
les voleurs de pommes, les toxicos, les petites frappes, et même les vrais salauds,
car il y en a et par notre seule force d'aimer aidons les à devenir plus
sociables. La dass est en train en ce soir du 8 février de l'an 2001 de
fabriquer quantité d'assassins, de malheureux, de pauvres gens et nous y
sommes indifférents. Par lâcheté. A quoi cela sert-il d'aimer si nous ne
sommes pas entendus par les plus insensibles à l'amour? Je ne donnerai pas ma
vie (quoique!) pour Milosévitch mais je veux bien la donner tout de suite
pour que nous cessions de former des dictateurs, des procureurs, des
imbéciles. Et c'est pourtant ce qui est fait jour après jour. Bien sûr que je
tendrai la jambe pour faire tomber le gendarme qui poursuit un voleur de
pommes, bien sûr que je préfère les yeux qui se lèvent à ceux qui se
baissent, et bien sûr encore que les victimes ne cessent vraiment d'être des
victimes que le jour où elles pardonnent. Cela semble évident! Tant mieux!
C'est pourtant inverse à tout ce qui est dit, écrit, raconté aujourd'hui.
Aimons nous, consolons nous, relevons nous quand nous sommes à terre, parlons
nous, et le monde changera. Un peu! Bienheureux les désespérés qui ne se
remettent pas de ne pas pardonner! C'est ceux là qui vont rendre notre
univers un peu meilleur, un peu plus doux, un plus généreux. Le pardon n'est
pas un mouvement naturel du cœur, il est le résultat d'une culture, d'une
éducation, d'une maturité. Mais nos enfants qui ne pardonnent pas d'emblée ni
facilement, s'ils sont éduqués ressemblent à ce que nous donnons.
Puissent-ils ne jamais ressembler à ceux qui nous informent ou qui nous
gouvernent. Ce sont d'ailleurs les mêmes!
07/04/01 LE
COQ DE BALE Voici
un coq magnifique à la crête jaune, au plumage multicolore et avec cet air de
défi qu'ont les vrais coqs, qui chantait de sa voix la plus claire, aux matines,
et qui tout le long du jour honorait ses poules en criaillant, n'hésitant pas
même à flanquer quelques coups d'ongles sur des poules faisanes qui
n'obéissaient pas à sa seule voix. Craint et respecté vingt lieues à la ronde
le coq de Bâle aurait eu une vie de vrai coq sans histoire, heureuse, s'il
n'avait sur sa route rencontré l'évêque Oecolampale. Car ce coq, coq parmi
les coqs, symbole de toute la virilité de l'univers fût un jour pris d'une
étrange idée, une de ces idées qui vous font entrer sans que vous le sachiez
dans l'histoire, il décida quelque chose que les mâles ne font pas en
général, et il pondit un œuf. Un beau matin la fermière vît, et avec elle
quelques passants, l'animal royal à la crête droite, et à l'œil batailleur,
déposer un œuf et chanter de contentement après. Les femmes partirent en
levant les bras au ciel. La nouvelle se répandit vite, et les gamins
malicieux accoururent pour voir le royal animal couver son propre œuf. Toute
la population de Bâle en une après midi vint pour voir ce phénomène étrange.
Le coq a pondu un œuf. L'évêque Oecolompale régnait sur la ville et
administrait sa morale, et faisait régner l'ordre. Averti de l'étrange
phénomène il se fît conter l'histoire par la fermière et les voisines, toutes
affolées de se trouver devant le monseigneur. Elles racontèrent et
confirmèrent. L'évêque s'en étranglait de rage. Comment un coq avait-il pu
pondre un œuf? Il n'était pas question qu'un aussi grand prince de l'église
se déplaça dans la boue des faubourgs de Bâle. Il ordonna qu'on lui amène
l'animal. Celui-ci fût saisi non sans mal, et apporté tout caquetant,
furieux, la crête violacée devant l'évêque Oecolompale. De son œil furibard
il jaugea son sinistre adversaire, et battit des ailes menaçantes. L'évêque
ne sachant à quoi se résoudre décida de convoquer une assemblée. En attendant
on enferma le coq dans les humides cachots de la cathédrale, et l'animal
furieux refusa de chanter au lever brumeux du jour. Tout ce qui comptait dans
la ville comme notable fût convoqué, et le palais de l'évêque prit des airs
de fête. Les gardes en blancs s'étaient coiffés, et par la porte d'entrée on
vît ainsi défiler le Comte, le prince, l'échevin, et Messire le Duc. Ces
personnages magnifiques prirent place dans le salon de l'évêque. Quand il fit
son entrée précédée d'un hallebardier un immense silence se fît. L'évêque
Oecolompale fît fermer toutes les portes et annonça ce que chacun savait
déjà. Il fallait prendre une décision la plus rapide possible. En attendant
que l'on fixa son sort le coq grattait la terre humide sans rien trouver, et
tentait d'écouter le doux roucoulement de ses poules, trop lointaines.
Savait-il seulement le crime qu'il venait de commettre? Bientôt un homme
maigre alla sur une tour et battît du tambour. Puis d'une voix monocorde il
lut: "Que par sa sainteté le pape, et après un procès, le coq était
condamné à être brûlé vif en place publique ce jour". Les gamins
partirent à tous les coins de la ville annoncer l'édit de l'évêque. Puis
quatre gardes en gants blancs se saisirent de l'animal et l'emmenèrent sur la
grande place où brûlait un grand feu. La bête folle de rage poussait des cris
stridents, relevait sa crête, battait des ailes, puis se sentant plus faible
se tût d'un coup. Comme s'il pressentait que plus jamais aucun matin, le plus
radieux d'été ou le plus glacial de l'hiver n'entendrait plus son magnifique
cocorico. On lui lia les pattes, et sur un ordre de Monseigneur on le jeta,
et devant la multitude il grilla tout entier, dignement en vrai mâle. Cette histoire
est vraie en tous points. Mais sachons y reconnaître notre future fumée. Si
les hommes un jour s'avisaient de pondre un œuf il y aurait des comtes, des
princes, des échevins, et le peuple, sous le geste royal d'un évêque peut
être du même nom qui les feraient aussitôt griller. Un homme averti en vaut
deux.
07/04/01 UNE
AME QUI S'EBROUE Parfois
on désespère des êtres, et on les voit tenir des propos d'une affligeante
banalité, se détourner de ce qu'on croyait l'essentiel, accomplir des actes
dont on les pensait éloignés, se composer des fraternités pitoyables et
s'engager dans des actes méprisables. On se dit alors que ce n'est pas grave
et que cela passera comme une grippe, une mauvaise fièvre ou la jeunesse. Les
enfants ont ce don de vivre à contretemps des ambitions que l'on a pour eux,
de ne jamais jouer la même partition, de s'emberlificoter et de vous irriter.
On pardonne tout quand on est un peu généreux mais on oublie pas. Certains ne
vous font même jamais de cadeau et on les retrouve au seul endroit où l'on ne
pensait jamais les retrouver. Je n'ai jamais humé l'odeur de la déception car
c'est un sentiment qui m'est étranger dans la mesure où je me juge
responsable de mes désillusions. Mais parfois dans la nuit, au moment où l'on
s'y attendait le moins, à l'instant où l'on était seul, on entend comme un
soupir, et on regarde, on voit des yeux qui s'éclairent, une main qui se
tend, un corps qui se redresse. Ca y est. La lumière se fait. C'est une âme
qui s'ébroue. Moments intenses, fièvres, étouffements, corps qui se
précipitent les uns vers les autres, émotions ultimes si semblables à celles
de la première jouissance, à la seconde éperdue où tout tourne, tout se
voile, tout se confond, et d'où l'on ressort émerveillé. Ces âmes qui
s'ébrouent devant une compréhension nouvelle, une révélation, un livre
prodigieux, ou un visage qui inspire tout dans l'être prophétisent de
l'utilité de nos actes, de ces heures passées à apprendre, à chuchoter, à
répéter, à dire et redire, à montrer et remontrer, à essayer de convaincre
malgré les barrières, les murs, la niaiserie des autres et les images
dévoyées. Quand un homme célèbre est à terre c'est pitié que de voir les
moutons se précipiter pour le piétiner davantage, que d'entendre le fracas
des jugements, et de voir ces faces rougeaudes pour désigner à la vindicte
publique celui qui a peut être fauté. Tibéri, Straus-Kahn, Roland Dumas,
livrés aux chiens, dépecés, et les cris de la meute, le sang et les odeurs du
sang, les frétillements de ceux devant qui on s'inclinait et qu'on humilie
avec des cris de poissonnières, des aboiements, et des danses de sauvages, et
là au milieu de la curée un beau visage de femme digne et droit, des yeux qui
se font douceur, des mains qui se tendent et qui relèvent la personne à
terre. Une âme qui s'ébroue me donne la fièvre. Comme je revois mon David
dans ce camp par un soir d'hiver, totale victime, esclave, à disposition, et
qui a onze ans, puis qui entend les hurlements du soldat qui a tout pouvoir
sur lui, qui le frappe, et il en a l'habitude, et qui lui ordonne de laper la
soupe par terre, et tout à coup, sans mesurer les risques, sans savoir qu'il
va le payer de sa vie, ce qui importe peu, son âme s'ébroue, et il dit non,
les yeux bien en face de l'autre, les membre ayant cessé de trembler malgré
le froid intense, le silence absolu des autres. Il chancelait, il se relève,
il titubait, il est droit, il avait peur, il ne craint plus rien. Et a plus
de cinquante ans de là je pense à mon David à Auschwitz. Et ce jeune enfant,
bardé d'interdits, qui reconnaît dans les yeux de cet homme ce qu'il ne nomme
pas encore l'amour, qui se doute de la puissance de sa famille, de la raison
d'état qui présidera à tous ses actes futurs, qui va se refuser à ce pervers,
ce malade, puis qui déchiffre dans le regard de l'amour quelque chose qui
chante en lui, et qui contre tous les interdits du monde, malgré les mises en
garde, les menaces, va ouvrir ses bras, se laisser couler dans le désir et la
passion. Une âme qui s'ébroue. La grâce est sur terre. Songeons ce soir à
tous les damnés de la terre, à tous les prisonniers des passions humaines, à
tous ceux qui sursautent, qui ont décidé de vivre comme ils le sentaient
contre tout parfois, à cette femme juive qui abrite des petits palestiniens
armés de pierres et poursuivis par des soldats, à ces mères qui se révoltent
contre les obligations des lois humaines, à ces juges, il y en a, qui
refusent de suivre le parquet, à ces gendarmes qui relèvent le petit
sauvageon et le soignent. Les âmes qui s'ébrouent, mais c'est pour ça que je
vis encore. Je voudrais à l'instant même où toutes les lumières s'éteindront
pour moi voir une fois encore une âme qui s'ébroue, et peut être à la lecture
de ce texte, jauni, fané, vieilli au fond d'un tiroir, une âme inquiète le
lira, et il embrassera les feuillets et de son baiser m'éveillera encore,
dans cent ans.
07/04/01 ET
SUR QUEL ECUEIL ? En
fixant les beaux visages des gens que j'aime je me demande toujours sur quel
écueil ils sombreront. Une vie déjà un peu longue m'a enseigné que les plus
fiers d'entre nous chutaient un jour. Certains ont déjà chuté. Mais parmi les
plus sages, les plus héroïques, les plus doux, les plus enthousiastes, ou les
plus excessifs lequel en premier sombrera car on sombre toujours? Sera-ce une
passion pour une femme sublime ou un homme mûr? Sera-ce une jeunesse à peine
éclose? Un fils trop aimé? Une ambition démesurée? Un poison au bon goût?
Enfin de ces pièges qui prennent les âmes pures et belles. Sera-ce la
maladie, la vieillesse, la lâcheté, la fatigue ou le "désabusement"
? Et ces écueils imprévisibles attendent les plus beaux d'entre nous, des
écueils tapis sous l'horizon brumeux. Ils sourdront un jour, moi, mort pour
beaucoup d'entre eux. La vie est tragique pour chacun de nous. C'est en le
sachant que nous pouvons être heureux. Le bonheur qui cherche à mettre entre
parenthèses le cadavre pourrissant que nous serons est un faux bonheur. Il y
a des pièges évitables, et quand nous éduquons nos enfants nous les tenons
fort contre nous pour qu'ils les évitent. Il y a là aussi l'inévitable, et la
mère qui voit son petit se faire écraser sous ses yeux n'était pas plus
mauvaise mère ni moins attentive que celle qui échappe à cette atrocité. Mais
il y a bien sûr les écueils inévitables, ceux que le diable hasard dépose sur
notre route avec une rouerie insondable. J'ai vu les meilleurs d'entre nous
pour une place de directeur de journal, pour un poste de conseiller à
l'Elysée, pour devenir ministre, ou pour moins encore chuter lamentablement, et
n'être plus capable d'être eux mêmes ou de ressembler à ce qu'ils
promettaient. Renoncer à la sagesse, à l'amitié, à l'amour aussi et en tous
cas à l'essentiel d'eux mêmes. J'ai pour eux une grande commisération. Et
puis un jour il y aura le dernier écueil. Qui aurait pensé qu'un premier
ministre intègre se tuerait un soir gris sur les bords d'un fleuve glauque?
Qui aurait cru que celle qui incarnait la beauté s'endormirait à jamais avec
des barbituriques? Avec les mains nouées, et le cœur sanguinolent? Mais parmi
nous, tout prés, il y a ceux d'aujourd'hui beaux, purs, forts, heureux,
intelligents et qui vont un jour chuter. Ceux que nous verrons tomber encore,
et ceux qui nous verront tomber à notre tour. Quand on regarde les enfants si
jolis, avec des yeux rieurs, et la mine boudeuse, avec les cheveux en
bataille, et qu'on les croquerait de baisers, peut-on imaginer les vieillards
récalcitrants, fornicateurs, laids, bossus, qu'ils vont devenir? A l'inverse
n'importe où dans la rue en voyant passer de pauvres gens, bien laids, bien
tristes, bien gras, bien mités, on peut se demander comment ils étaient
autrefois. Cette chute inévitable est un des grands vertiges de la vie. Et je
songe à tous ceux, qui, ce soir, dans un délire du corps, dans un mouvement
passionné vont contracter le virus du sida. Je songe à tous mes amis morts de
cette terreur. A Jean-Paul, à Guy, à tous les autres, fauchés dans leur belle
lumière, dans leur gloire terrestre. Comment alors ne pas en regardant tout
ce qui vit si fort auprès de nous, tout ce qui se proclame, s'exclame, commet
des projets, juge, administre, séduit ne pas s'interroger sur quel écueil ils
sombreront un jour? J'ai dit mille fois que je ne crains pas la mort, ni même
la vieillesse ou la déchéance, peut-être parce que je n'y crois pas, mais
j'ai peur, et une peur suante, collante, intense et sournoise de voir mes
amis, les miens s'écraser contre ces imprévisibles rochers de nos vies même
les plus calmes. Le naufrage des hommes d'état devraient décourager les
ambitieux de la politique. A l'inverse ça leur donne des ailes. Et tout ça
parce que les hommes depuis des millénaires refusent le tragique de
l'existence. Ils le refusent obstinément. Ils ne croient pas qu'ils
sombreront et sombreront pourtant. J'ai vu dans un dîner au théâtre des
Champs-Elysées Georges Pompidou à quelques mois de sa mort, et il y avait
dans ses yeux la peur. Certainement pas de mourir mais de savoir que le
tragique existait pour tous, pour les petits, et les êtres d'exception. Tous.
Et sur quel écueil sombrerons nous? En attendant naviguons, le pied ferme,
l'œil aux aguets, et les mains tendues... Le reste...
07/04/01 HOMMAGE
A MARC-AURELE Il y a
autour de moi quelques personnes curieuses qui me demandent comment très tôt dans
ma vie j'ai pu établir une pensée qui se tenait, une façon de concevoir et de
regarder le monde. Une telle conviction pour vivre, épanouir et ma foi,
flétrir sans tristesse. Alors j'ai dit ailleurs tout ce que je devais à mes
lectures enfantines, à mes passions, à mes troubles, et à mes amours, et cela
va de soi à tout ce qu'on aime, à ma forêt éperdue de pins cassés et qui se
dressaient vers le ciel, à mes chemins sablonneux, à l'océan et à mes grands
parents. Plus tard à Dostoievsky, Balzac, Gide, Proust, Sartre. Mais
l'essentiel de tout ce que je sais, de tout ce que je crois, je l'ai appris
l'hiver 56, alors que dehors tout était figé par un froid intense. Je m'en
souviens d'autant mieux que je regardais la neige tomber sans me précipiter
dehors tant ma lecture m'absorbait. Je dois tout à Marc-Aurèle. A huit ans
comprend-on Marc-Aurèle? Pas vraiment mais on sent comme à cent ans
l'intensité brûlante de sa pensée. En lisant dans le vieux livre que je n'ai
pas conservé, et que cependant je reconnaîtrais encore aujourd'hui entre
mille à propos de quelqu'un dont le comportement n'était pas celui qui
convenait: "C'est son affaire. Il a son tempérament propre, son activité
propre. Pour moi j'ai en ce moment ce que la nature universelle veut que
j'aie en ce moment et je fais ce que ma nature veut que je fasse en ce
moment". Sortant en larmes de la trilogie de la Comtesse de Ségur où la
passion de Paul de Réan pour Monsieur de Rosbourg, et ayant lu que plus le
temps passait plus les enfants s'aimaient, comment n'être pas bouleversé et
déterminé par Marc-Aurèle? Ne comprenant rien à la guerre dont on me faisait
des récits glorieux à l'école, alors que chez moi, à cette seule évocation
mon père baissait la voix, que je pressentais quelque chose de différent dans
le visage imprégné encore d'horreur de mon oncle qui était sorti de Dachau,
Buckenvald et Matthausen et qui ne pouvait jamais l'évoquer, quelle intensité
s'est figée en moi en lisant à propos de la guerre sous la plume de
Marc-Aurèle: "Une araignée est fière d'avoir capté une mouche; cet homme
un levraut; un autre des ours; un autre des Sarmates. Or, ces gens là, ne
sont-ils pas des brigands si on examine leurs principes?". Enfant
sensible et ténébreux, amoureux jusqu'aux dents, et déjà semant chez ceux qui
se faisaient appeler mes maîtres des craintes que je ne comprenais pas,
quelle clarté, quelle lumière, quelle force se déchaînèrent en lisant:
"Tout ce que je suis se réduit à ceci: la chair, le souffle, le guide
intérieur". Cette lassitude et ce dégoût pour la vulgarité et la
corruption, mais sans jamais juger, cette force pour parvenir à la béatitude
intérieure et à la transmettre, cette volonté d'être tout à fait soi même
contre la contingence, sa continuelle curiosité pour ce qu'il appelle les
"maîtres problèmes" ont fait de lui aussitôt mon ami, et mon frère.
Ce qui domine en lui c'est sa compassion pour tous les hommes même les pires,
et sa fureur de ne pouvoir guérir les maux sauf les siens en le voulant
simplement. Pour la petite histoire, me promenant la veille de mes treize ans
dans une librairie, j'ai aperçu un livre qui commençait par "Mon cher
Marc". Fébrile, le visage en feu, j'ai traîné mon compagnon du moment et
j'ai volé le livre (c'est la seule fois je crois). En vingt minutes j'aurais
pu aller chercher des sous, mais non cette lettre était pour moi. Je l'ai
reçue comme si elle m'était adressée. C'était les mémoires d'Hadrien de
Yourcenar, le premier écrivain à qui j'ai écrit. Quant à Marc-Aurèle, tout ce
que je pense aujourd'hui je le lui dois. Il est un des compagnons de ma vie,
et le sera à mon dernier souffle: "Si tu restes une heure dans le cité
repars en souriant, trois heures eh bien souris encore". Mon très cher
Marc. ***** Si la barre de « Menu » ne s’affiche pas à gauche, cliquez ici !!! |
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